Bataille de Tolbiac
La bataille de Tolbiac a eu lieu à Zülpich, anciennement appelée Tolbiac, une ville de l'ancienne Gaule située près de Cologne. On appelle victoire de Tolbiac la victoire remportée par Clovis, roi des Francs, sur les Alamans, en un point non déterminé du cours moyen du Rhin. Les historiens, à la suite de Grégoire de Tours dans son Histoire des Francs, la plaçaient traditionnellement en 496, mais des révisions récentes situeraient la bataille de Tolbiac en 506[1].
En remerciement pour cette victoire, Clovis, qui avait épousé une chrétienne catholique du nom de Clotilde, se convertit à la foi de Nicée avec ses soldats. Ce fut l'évêque de Reims, Remi, qui baptisa Clovis.
Le nom de Tolbiac a été attribué à une rue importante du XIIIe arrondissement de Paris et, par extension, aux quartiers ou bâtiments environnants : « faculté de Tolbiac » (qui fait en fait partie de l'université Paris I Panthéon-Sorbonne), secteur Tolbiac de la zone Paris Rive Gauche, passerelle Bercy-Tolbiac (passerelle Simone-de-Beauvoir).
Situation avant la bataille
Les Francs étaient divisés en deux peuples voisins et alliés : les Francs saliens, dont le roi était Clovis, et les Francs ripuaires, dont la capitale était Cologne et qui avaient Sigebert le Boiteux pour roi. Sigebert avait pour voisins les Alamans, une confédération de peuples germaniques dont la vaillance équivalait à celle des Francs. Les Alamans et les Francs ripuaires avaient souvent des incidents de frontière et multipliaient les pillages et les raids punitifs, mais il semble qu'en l'année 496 ils subirent une véritable invasion, et Sigebert appela Clovis à l'aide. Clovis répondit favorablement à son allié et leva une armée. Il est généralement admis que Sigebert défendit Tolbiac et que son armée subit de lourdes pertes. Il y aurait donc eu deux batailles de Tolbiac.
La bataille elle-même
On sait peu de choses sur la bataille, sinon que les Francs ripuaires ne furent probablement d'aucune aide à la suite de la première bataille. Il est fort probable que les guerriers de Clovis étaient moins nombreux que les Alamans. En tout cas, il est dit de Clovis qu'il vit ses guerriers se faire massacrer et sentit la bataille lui échapper. Ému jusqu'aux larmes, il invoqua alors le Dieu unique de sa femme Clotilde, ce Dieu qu'elle lui prêchait depuis leur mariage en 493, en demandant son secours.
Grégoire de Tours rapporte sa prière complète au livre II, chapitre 30, de l'Histoire des Francs :
« Ô Jésus-Christ, que Clotilde affirme Fils du Dieu vivant, toi qui donnes du secours à ceux qui sont en danger et accordes la victoire à ceux qui espèrent en toi, je sollicite avec dévotion la gloire de ton assistance : si tu m'accordes la victoire sur ces ennemis, et si j'expérimente la vertu miraculeuse que le peuple voué à ton nom déclare avoir prouvée, je croirai en toi et me ferai baptiser en ton nom. J'ai en effet invoqué mes dieux et, comme j'en fais l'expérience, ils se sont abstenus de m'aider ; ce qui me fait croire qu'ils ne sont doués d'aucune puissance, eux qui ne viennent pas au secours de ceux qui les servent. C'est toi que j'invoque maintenant, je désire croire en toi, pourvu que je sois arraché à mes adversaires. »
À ces mots, les Alamans se mirent à fuir, à reculer, car leur chef venait d'être tué d'une flèche. Les Francs soumirent ou massacrèrent les Alamans.
Les conséquences
Les Alamans abandonnèrent le cours supérieur du Rhin aux Francs ripuaires ; cette absence de profit pour Clovis, qui laissa tout à son allié, lui permit d'obtenir l'aide de Sigebert lors de la conquête de la partie gauloise du royaume wisigoth.
Une autre conséquence fut la conversion de Clovis à la religion catholique après une longue réflexion (les historiens situent généralement sa conversion en 498 ou 499), ce qui lui permit de rallier à sa cause tous les chrétiens des pays voisins ainsi que le clergé, qui pouvait être influent. De plus, cela permit à Clovis de présenter ses conquêtes comme des guerres saintes, de christianiser ses nouveaux territoires et de combattre l'arianisme, considéré comme une hérésie par le clergé.
Notes et références
- Claude Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle. Voir aussi la page de discussion, où un contributeur anonyme a écrit à ce sujet : La France au Moyen Âge de Claude Gauvard (professeure d'histoire médiévale à Paris I) développe les différentes hypothèses sur la datation de la bataille de Tolbiac, qui, pour certains historiens, se situerait en 506 en raison d'une lettre de Théodoric, roi des Ostrogoths, datant de cette année, dans laquelle il félicite Clovis de sa grande victoire sur les Alamans. D'autre part, Michèle Laforest, dans Clovis, un roi de légende (1996), date cette bataille dite de Tolbiac de l'année 496. ↩
Sources bibliographiques
- Georges Bordonove, Clovis et les Mérovingiens, Paris, Pygmalion, coll. « Les Rois qui ont fait la France », 1988 (ISBN 2-85704-281-7).
- Claude Gauvard, La France au Moyen Âge du Ve au XVe siècle, Paris, PUF, 1996.
Source : article « Bataille de Tolbiac » de Wikipédia en français, version du 10 novembre 2010, légèrement corrigée. Texte disponible sous licence Creative Commons Attribution – Partage dans les mêmes conditions (CC BY-SA 3.0) ; voir l'historique des auteurs.